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La psychologie du travail a-t-elle sa place dans le monde des RH?

Appel à témoin : Harcèlement naïf ?

31 Décembre 2012 , Rédigé par Marguerite Weber Publié dans #Réflexions

La notion de harcèlement moral a été dévoilée au grand public à la fin des années 90 par les publications de M.F. Hirigoyen. Elle avait rencontré dans sa consultation nombre de victimes de harcèlements domestiques, comprenez par là dans la sphère privée et en particulier par le conjoint. Par la suite, elle trouva une similitude dans les plaintes des femmes harcelées par leur conjoint et certains salariés harcelés par un supérieur.

 

Marie–France Hirigoyen a défini le harcèlement moral comme « toute conduite abusive se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits unilatéraux, de nature à porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité physique ou psychique d'une personne et mettre en péril son emploi ou à dégrader le climat de travail » (Hirigoyen, 1998).

 

La véritable raison du harcèlement moral est due au fait que la victime est gênante pour l'auteur de harcèlements ou s'est opposée à l'autoritarisme de celui-ci et qu'elle refuse de se laisser asservir. C'est donc parce qu'elle résiste à l'autorité, malgré les pressions, qu'elle devient la cible à atteindre.

 

La victime, contrairement aux présupposés communs, est assez forte de caractère, douée, équilibrée et dotée d'une grande vitalité, mais elle est encore hésitante et a besoin de se prouver quelque chose. Cette hésitation sur ses propres compétences la rend vulnérable. Le harcèlement est rendu possible parce qu'il est précédé d'une dévalorisation de la victime par l'agresseur, dévalorisation acceptée et cautionnée par le groupe.

 

Les harceleurs : On a, jusqu'à présent, distingué différents types de personnalités d'agresseurs : le paranoïaque, le pervers, le pervers narcissique et le caractériel. À cette liste, C. Dejours a rajouté Monsieur et Madame "tout-le-monde" qui se sentent, de par la pression exercée par leur hiérarchie, obligés de harceler leurs subordonnés ou leurs collègues par crainte d'éventuelles représailles ou tout simplement du fait de la banalisation de l'injustice sociale (Dejours,1998).

 

Les différents types de harceleurs ont pour point commun d’être conscients de l'effet pathogène/destructeur de leurs actes. Il existe toujours une raison au harcèlement : soit une raison due à la personnalité du harceleur ; soit une raison organisationnelle issue de la pression subie pour atteindre les objectifs par exemple.

 

Les actes de harcèlement sont donc volontaires. Pourtant, n'avons nous pas tous, un jour par inadvertance, froissé un collègue fragilisé ou vulnérable, sans qu'il y ait existence de conflit préalable ? Nous pouvons toujours nous déculpabiliser en prétextant que ce sont des accidents et que le collègue n'avait qu'à nous prévenir que nous touchions un point sensible ou que nous avions manqué de tact. Mais, si cela se répète, ne peut-on qualifier ces actes de harcèlement ?

 

Se pourrait-il qu'il existe des cas où aucune raison au harcèlement n'apparaisse ? Existerait-il un harcèlement que l'on pourrait appeler « harcèlement naïf », où le harceleur ne préméditerait pas son acte ?  

 

Existerait-il un « harcèlement naïf » où le harceleur réaliserait des actes de harcèlement involontairement ?

 

Cette possibilité rendrait la frontière entre les conflits interpersonnels et le harcèlement plus fine qu'elle ne l'est déjà. Cette considération pourrait remettre en cause certaines gestions de conflit voire certains jugements.

 

Avez-vous été témoin de harcèlement que nous pourrions qualifier de « naïf » ? Partagez avec nous vos expériences !

 

  1. Dejours, C.(1998). Souffrance en France:la banalisation de l'injustice sociale, Paris : Seuil.
  2. Dejours, C.(2003). Travail, usure mentale, Saint-Armand-Montrond : Bayard.
  3. Hirigoyen, M.F.(1998). Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien, Paris : Syros.
  4. Hirigoyen, M.F.(2001). Malaise dans le travail :Harcèlement moral démêler le vrai du faux, Paris : Syros.

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go here 01/08/2014 14:20

I think there are many victims of naive harassment in our country. Most of them are not revealing the truths due to fear. The culprits are taking advantage of their silence and are bullying the victims again. We should figure out some way to help them.

Luc 22/02/2013 12:21


Oui, l'expérience que j'ai vécue a commencé comme ça. Vous n'avez plus de travail et êtes mis au placard par une simple baisse de marché.


 


Vos supérieurs ne veulent pas forcément modifier vos attributions pour ne pas froisser des collègues qui pourraient se sentir dépossédés.


 


Pour peu que l'on apprenne que vous cherchez du travail ailleurs, toutes les plaintes que vous pouvez faire n'ont aucun écho car on sait que vous allez partir. Alors on est en colère contre vous,
le trouble-fête, qui pourrit l'ambiance de l'entreprise en prenant à témoin vos collègues, en rendant public le statu quo : vous êtes payés à ne rien faire, à forcer vos supérieurs à prendre une
décision alors que le déni est si confortable.


 


Alors, on vous pousse dans le sens vers lequel vous allez tomber, le harceleur naïf ou aveugle devient actif. Le passage de l'un à l'autre est vite opéré car le salarié mal dans sa peau perds
tous ses soutiens. On ne papote plus avec le maillon faible, on se discréditerait...


 


Récits plus détaillés dans mon blog :)

Marguerite Weber 22/02/2013 12:41



merci pour ce témoignage, où malheureusement beaucoup se reconnaitront.


bon courage