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La psychologie du travail a-t-elle sa place dans le monde des RH?

Reconnaissance : un leurre?

7 Novembre 2012 , Rédigé par Marguerite Weber Publié dans #Réflexions

 

Je sors du cinéma. Je viens de voir « Stars 80 » avec Richard Enconina, Patrick Timsit et surtout plusieurs chanteurs stars des années 80.

 

Parmi les nombreux refrains nostalgiques entendus, un ne cesse de me hanter : « Sachez qu'à travers vous, c'est moi que j'aime........ » (Jean Schultheis, Confidences pour confidences, http://www.youtube.com/watch?v=V8M9EpKPSfY).

 

Cette chanson m'a amenée à la réflexion suivante : Nous attendons de l'autre qu'il nous renvoie non pas une image positive de nous, ni une image réelle, mais bien l'image subjective que nous avons de nous même. La reconnaissance, me semble-t-il, n'a alors de valeur qu'en fonction de l'image que l'on a de soi. Ce que nous recherchons dans le regard de l'autre n'est rien d'autre que la confirmation de ce que nous voulons/espérons être.

 

MaslowMes propos vont dans le sens inverse des concepts habituels de la reconnaissance.

 

Ainsi, Sainsaulieu1 exprime l'idée que la reconnaissance des autres construit notre identité personnelle. Pourtant, cette reconnaissance, bien que nécessaire, n'est pas accordée d'emblée. Elle nécessite un jeu de forces sociales pour être acquise.

 

Honneth2, philosophe et sociologue allemand, conceptualise la reconnaissance au travail en trois niveaux :

  • la reconnaissance amoureuse : représente la reconnaissance issue des rapports interpersonnels de proximité (sphère sociale proche : amicale, amoureuse, familiale) qui forme le socle de la confiance en soi.

  • la reconnaissance légale : repose sur le droit et les notions de réciprocité entre droits et devoirs.

  • la reconnaissance culturelle : est symbolisée par la valeur-travail

 

Les individus veulent être reconnus à différents niveaux. Ils veulent que leur existence en tant qu'individu (et non en tant qu'objet) soit reconnue. Ils veulent également être reconnus par la pratique de leur métier, l'investissement qu'il fournissent dans l’entreprise, mais aussi reconnus sur leurs résultats.

Ils veulent être reconnus par leurs pairs, leur hiérarchie, mais également par l'organisation elle même et les clients (Brun et Dugas3)

 

Nous tentons désespérément de croire que la valeur-travail nous permettra d'avoir une valeur, une identité personnelle.


Se pose alors la compréhension du mal être des sans-emploi (entendre demandeur d'emploi) qui ne peuvent connaître cette « reconnaissance » due à la valeur travail.

 

Ce besoin de reconnaissance est peut être un leurre. Il faut que nous apprenions alors à nous réinvestir d'autres valeurs, tel le don de soi, le respect, …....

 

Et vous, que recherchez vous comme reconnaissance ? Quelle est votre définition de la reconnaissance ?

La reconnaissance serait elle une utopie ?

 

 

1Sainsaulieu, R., (1977), L'identité au travail, Presses de la FNSP, Paris.

2 Honneth, A.,(2010) La lutte pour la reconnaissance, Cerf, Paris.

3Brun, J.P., & Dugas N.(2005), La reconnaissance au travail : analyse d'un concept riche de sens, Gestion, vol.30, n°2.

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prophonesystems.com 21/08/2014 13:24

The article has got a lot of info about many psychological concepts, especially the need to be aware of personal identity. Self Recognition plays a vital role in life. The importance of self recognition in life is clearly defined in the article.

Monteuil 02/02/2013 10:59


Un salarié de France Télécom-Orange à Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg, s'est suicidé le 8 mars 2012 (sous la direction de Stéphane
Richard) à son domicile après avoir dénoncé ses conditions de travail dans un courrier, a appris l'AFP aujourd'hui auprès des syndicats et de sa famille. La CGT a appelé à un rassemblement des salariés demain à Strasbourg et à une journée de grève en Alsace le 27 mars.

Jacky Goeller, technicien d'intervention d'Orange âgé de 58 ans, s'est tiré une balle dans la tête après avoir évoqué dans une lettre "la responsabilité de l'entreprise dans son geste désespéré",
a dénoncé Frédéric Karas, délégué syndical CGT à France Télécom. La famille a confirmé à l'AFP l'existence de cette lettre, sans vouloir en dévoiler les termes exacts. (Le contraire nous aurez
étonné)

Dans sa lettre, le technicien "cite nommément les responsables, des cadres de l'entreprise. Mais c'est une responsabilité globale, c'est un système de management"(de Stéphane Richard) qui l'a
poussé à se suicider, a expliqué à l'AFP Frédéric Karas, évoquant un "climat de suspicion, de défiance".


Encore une fois : Bonjour le soi-disant Nouveau France Telecom ... Sans parler des nouveaux suicides qui sont dissimulés avec la complicité des syndicats..


Roger

Marguerite Weber 02/02/2013 11:10



bonjour Roger,


vos commentaires n'auront pas l'impact que vous souhaitez sur ce blog.


Pourtant , je laisse leur diffusion car ils rappelent combien le management est cause de mal être poussant au suicide.


L'analyse d'une situation, puis la mise en place de mesures de prévention ne peuvent avoir un impact immédiat. La prévention tertiaire, la plus visble, ne protège pas longtemps.


Il faut remanier en profondeur notre manière de penser le management. Il faut donc s'atteler plus rapidement à la prévention primaire.


Je vous renvoie aux différents articles écrits sur le sujet.


Bon courage



Lemicoli 27/01/2013 11:24


Le management à l'heure actuelle chez France télécom est une vraie catastrophe..


Contrairement à ce que voudrait faire croire Stéphane Richard avec des Sondages (Technologia) complètement truqués,
les restructurations abusives continuent chez France Télécom ... Dès l'arrivée de ce pdg dans l'entreprise, on l'oublie, les suicides ont doublé en un an et
demi... Des agents se plaignent d'être nouvellement entassés dans des Hotlines alors que cela n'exitait pas sous Lombard... Sous Stéphane Richard, aucun poste n'a été modifié ... Des
techniciens de terrains sont toujours contraints de faire du commercial dans des centres d'appels (surtout en Province)... Alors en deux mots, il est temps que cet énergumène démissionne...


JEAN

Christian 09/11/2012 00:57


Je pense que ce que nous recherchons dans le regard de l’autre, c’est la confirmation de ce que nous sommes réellement.


Selon les périodes de la vie, nous avons besoin de savoir si ce que nous percevons de nous même et la même image que celle perçue par les autres. On aimerait entendre que nous reflétons une bonne
image de nous même, professionnellement, socialement, sentimentalement. Seulement, voilà, la reconnaissance est souvent un leurre, un miroir aux alouettes.


Il est difficile de dire à l’intéressé : « tu donnes une très mauvaise image de toi, c’est pour cela que tu ne m’intéresses pas ou que tu ne m’intéresses plus ». Hypocritement, on
répondra que : « l’image est bonne » ou plutôt « pas si mauvaise », de façon à ne pas trop mentir. D’autres sans aucun scrupules trancheront dans le vif quitte à faire
mal : « circulez, je dois passer à autre chose ! ». D’autres encore préfèreront ne pas répondre ce qui donne une autre dimension à ce sentiment de n’être plus rien, d’être le
néant, d’être sans aucun intérêt.


« Sachez qu’à travers vous, c’est moi que j’aime », dit la chanson. Oui pour ceux qui se sentent bien dans leur peau et qui malheureusement traitent les autres par le dédain. Ce qui
confirme le désintérêt que l’on peut avoir pour l’autre, comme je l’indique plus haut. Ceux qui s’aiment d’abord, nous voient, sans nous regarder comme il faut. Nous sommes transparents.


La reconnaissance amoureuse est un socle. En principe oui, on y croit. Il tient le temps qu’il peut, puis s’écroule brutalement, d’un jour à l’autre parfois, sans prévenir.


La reconnaissance légale, est la même pour tous. Par contre la reconnaissance culturelle se traite d’égal à égal. L’un s’émerveillera des compétences de celui ou celle qui a la connaissance, qui
a une instruction supérieure à la sienne. L’autre ne trouvera que peut d’intérêt à discuter avec celui qu’il considère comme inculte. Ce comportement, on le trouve dans toutes les couches
sociales. On ne s’accorde et s’entend qu’avec ceux provenant du même « monde », les incultes n’étant que de passage, le temps de leur apporter un peu d’intérêt et de les laisser de côté
ensuite.


Reconnaitre l’autre est difficile. Il doit réunir de nombreux critères pour être reconnu. Et lorsque l’on dit : « je te reconnais à ta juste valeur », il n’est pas toujours
nécessaire de brancher un décodeur, pour en comprendre la signification, si non on lui aurait dit : « tu es quelqu’un de formidable ».


Ce qui précède et ce qui suit n’est que mon avis. Reconnaitre une personne, c’est la recommander à d’autres sans hésitation. Elle a de la valeur, elle est « quelqu’un ». Et si ce
« quelqu’un » est du même « monde », il en aura plus de valeur. Il fera partie de l’élite. Alors oui, la reconnaissance est une utopie. Une utopie pour les rêveurs qui
devraient arrêter de rêver et rester à leur place. Sans doute celle où ils sont le mieux vis-à-vis des autres.


Ils seront toujours à la mauvaise place vis-à-vis d’eux-mêmes.

fonctionnairemalgremoi 07/11/2012 13:05


Je suis d'accord avec cette idée que la recherche de reconnaissance dans l'autre est une utopie et que finalement, c'est notre degré d'acceptation de l'autre et l'image que nous avons de nous
même qui préfigurent dans la prise en compte ou pas du regard extérieur. Mais cela ne situe t'il pas au niveau de notre conscient alors que notre subconscient est lui peut-être plus sujet à cette
influence extérieure? 


La dualité de notre personnage ne fait-il pas que nous n'ayons pas le même regard sur nous même selon le niveau de notre prise de conscience?


 

Marguerite Weber 08/11/2012 21:43



 


Bonjour fonctionnairemalgremoi,


Étant psychologue du travail, je manipule très difficilement les concepts de mes confrères cliniciens. Je me rapprocherais plus du fameux « l'enfer c'est les autres » de Sartre.
D'ailleurs un lecteur me conseille de lire « l'être et le néant » de Sartre pour compléter ma réflexion.


 


Pour répondre à votre question, je pense également qu'il existe plusieurs niveaux. Mais ceux-ci me semblent être issus de nos différentes sphères de vie (privé/publique). L'une envahissant
l'autre (et/ou vice versa), nous ne savons plus adapter notre « regard sur nous même » (pour reprendre votre expression) en fonction de la situation (et non en fonction de notre prise
de conscience).


 


Au plaisir d'échanger.