Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
La psychologie du travail a-t-elle sa place dans le monde des RH?

pourquoi appliquer le modèle de Kelley à une situation de Harcèlement moral?

La période de 1999-2002 connut une pléthore d'articles, de livres, de documentaires et d'interview dans les journaux télévisés sur le sujet. Cette période s'est close par le vote de la loi du 17 janvier 2002 condamnant le harcèlement moral.

La définition légale paraît d'ailleurs une bonne synthèse des définitions de Debout (2001), Dejours (1998), Hirigoyen (1998) et Leymann (1996). Ainsi, dans cette loi, la notion de harcèlement moral est définie comme "un ensemble d'agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel" (Code du Travail, article L.122-49, alinéa 1).

En France, Dejours est l'un des premiers à s'intéresser auxconditions d'exécution du contrat de travail et à la psychosociologie de la relation de travail. Il constate une évolution dans l'entreprise depuis 1998. L'individu est isolé dans le collectif. Les actes agressifs du harceleur deviennent banals, et semblent nécessaires, voire légitimés par la situation économique, en somme par le contexte (charge de travail). Le harcèlement moral est noyé dans les autres souffrances au travail. Il n'est plus reconnu en tant que problème majeur. Mais il est banalisé. De plus, il apparaît un nouveau type de harceleur : Monsieur et Madame "tout-le-monde" qui se sentent, de par la pression exercée par leur hiérarchie, obligés de harceler leurs subordonnés ou leurs collègues par crainte d'éventuelles représailles ou tout simplement du fait de la banalisation de l'injustice sociale (Dejours,1998).

 

Le harcèlement sexuel est souvent utilisé comme élément de harcèlement moral. Ainsi, Sanchez-Mazas (2004) constate que, dans les cas de harcèlement sexuel, les individus accordent beaucoup d'importance à l'attitude et au comportement de la victime au détriment de ceux du harceleur, rendant implicitement la victime responsable de ce qui lui arrive parce qu'elle a osé résister.


Nous pouvons, à partir de la théorie de co-variation de Kelley selon la méthodologie de Mc Arthur, savoir à qui les individus attribuent la responsabilité d'un harcèlement : à la victime/ le stimulus, aux circonstances ou au harceleur/l'acteur, c'est à dire plutôt à des causes environnementales ou personnologiques.

 

Comprendre comment les individus attribuent la responsabilité d'un harcèlement plutôt à la victime ou aux circonstances qu'au harceleur, n'est pas facile. Souvent, l'observateur n'a accès qu'à peu d'éléments pour se positionner quant à la réalité d'un harcèlement moral. Ces éléments de base sont souvent :

  • le consensus ou non fait autour du rejet de la victime, entrainant un harcèlement de groupe envers la victime,

  • la répétition dans le temps des actes, donc une certaine consistance des faits

  • et l'acharnement du harceleur sur une seule victime ou sur un groupe, ce qui dans ce cas pourrait signifier à l'opposé du harcèlement une difficulté à vivre en société.

Ces éléments sont comparables à ceux évoqués par Kelley dans son modèle. C'est pourquoi l'utiliser paraît une excellente solution pour traiter ce problème d'attribution.

Nous avons alors les éléments suivants :

  • un effet : le harcèlement

  • un acteur : le harceleur, Monsieur H.

  • un stimulus : la victime, Madame O.

Et avec les trois sources d'information suivantes :

  • pour la distinctivité, « Monsieur H. ne s'en prend qu'à madame O. » (D+) s'oppose à « Monsieur H. s'en prend à tout le monde » (D-)

  • pour la consistance dans le temps : nous retrouvons cette idée d'agissements répétés : « Monsieur H s'en prend toujours à Madame O. » (CT+) versus « c'est la première fois que Monsieur H s'en prend à Madame O. » (CT-).

  • Pour le consensus : nous décrivons une situation où « Monsieur H. est la seule personne à s'en prendre à Madame O. » (CS-) versus « tous les collaborateurs de Madame O s'en prennent à elle » (CS+).

Weber Marguerite (18/04/2011)

(mémoire partie 6)

Partager cette page

Repost 0